Il était tout pour moi, absolument tout. Ce n'était pas de l'amitié, loin de là. C'était bel et bien de l'amour, mais pas comme deux personnes qui s'aiment passionnément, comme deux personnes s'aimant pour la vie. Nous n'étions pas ensemble, oh non ! Jamais nous n'aurions pu l'être d'ailleurs, nous ne voulions pas non plus. Nous étions tout simplement comme frère et s½ur, unis pour la vie comme par les liens du sang. Je dis « comme » car nous n'étions pas frère et s½ur, nos parents ne s'appréciaient pas du tout. Mais nous étions plus que les meilleurs amis du monde. Comment décrire un amour si fort et si incertain à la fois ? En vous racontant notre histoire. Il avait seize ans je n'en avais que douze et pourtant il ne se passait pas un seul instant sans que nous soyons ensemble, collés l'un à l'autre. Le matin pour partir à l'école du village, qui servait de collège et de lycée pour tout élève n'étant pas énormément ambitieux ou dont les parents n'avaient pas les moyens de le faire aller dans une école prestigieuse, il venait me chercher à la porte de chez moi, mes parents l'aimait bien car il m'avait apporté beaucoup, mais je vous raconterai cela plus tard, une fois sortie du sentier qui menait jusqu'à ma maison il me prenait la main, pour me rassurer sans doute. Nous faisions toujours le trajet main dans la main jusqu'à l'école, et c'est bien le seul moment de la journée où l'on ne parlait pas. Quand nous arrivions à notre petite école il me lâchait la main puis nous partions dire bonjour à nos amis respectifs pour ensuite se retrouver avant que la cloche ne sonne. Les cours se passaient tout seul dans l'attente de le retrouver, sa classe était en face de la mienne et nous étions tout deux placés à la fenêtre ce qui fait que nous pouvions nous voir même lorsque nous travaillions, ça me motivait je doit le dire, car ça me poussait à lui montrer que je pouvais y arriver sans lui, mais ce n'était qu'une façade... Les cours terminés nous repartions ensemble pour aller se réfugier dans notre petit coin secret, c'était un magnifique lac en plein milieu de la forêt qui se trouvait au bord d'une grande route que nos parents nous avaient interdit d'approcher, mais comme tout enfant normalement constitué, nous désobéissions à tout ce qui semblait dangereux aux yeux de nos parents. Enfin, cet endroit était tout simplement magique, il semblait que le temps s'arrêtait à chaque fois que nous y étions, les rayons du soleil se reflétaient dans l'eau du lac, l'herbe autour était verte et douce, le vent dans les arbres jouait une musique qui donnait envie de danser jusqu'à la fin de nos jours. Nous passions notre après midi en cet endroit, nous nous amusions pendant deux heures puis nous nous arrêtions une petite heure le temps qu'il m'aide à faire mes devoirs. Après s'être baignés puis séchés il me ramenait chez moi et jamais nous ne dévoilions ce que nous avions fait avant de rentrer des cours. Tout les jours se passaient de cette manière, c'était plutôt monotone mais cela nous convenait, nous étions heureux et c'est tout ce qui comptait. Mais un jour malheureusement tout a basculé. Il pleuvait ce matin, je finissais de me préparer tranquillement dans ma chambre en attendant qu'il arrive tout en sachant au plus profond de moi qu'il ne viendrait pas cette fois. Ma mère est venue me chercher puis m'a emmené elle-même à l'école, une fois arrivé là bas je suis partie le rejoindre à la grille en me jetant dans ses bras. Il m'a serré si fort, puis m'a relevé le visage. Me voyant pleurer il m'a prise par la main pour me mettre à l'écart. Il a séché mes larmes et m'a prononcé ces mots : « Ne pleure pas, ne t'en fait pas, je serai toujours là. » Le mot « toujours » me paraissait inapproprié puis je l'ai vu me sourire, il avait le visage radieux puis il m'a promis qu'après les cours nous retournerons comme à notre habitude à notre lac et qu'il m'apprendrait une ou deux choses. Nous sommes alors retourné devant l'école puis à la fin de la journée il m'a une fois de plus amené au lac. Arrivée là bas j'ai envoyé valser mon sac comme nous le faisions à chaque fois, j'ai vite enlevé mes chaussure puis ai couru pieds nus dans l'herbe encore humide. Lui ne bougeait pas, il s'était assis et me regardait tourné en rond les cheveux aux vent. Puis coupant tout autour de nous il se leva, s'approcha de moi le regardant avec à la fois émerveillement et inquiétude. Il me pris les bras, s'agenouilla, me regarda dans les yeux et me dis : « Je vais devoir partir loin d'ici, et je sais que tu l'as senti, ce matin mon père n'a pas voulu que je retourne te chercher parce qu'il sait que si je continu j'aurai beaucoup de mal à me séparer de toi-même si ce sera déjà énormément difficile à faire. Je t'ai promis de t'apprendre une ou deux choses avant mon départ alors que veux tu que je t'apprenne ? » Je ne semblait pas arriver à comprendre ce qu'il venait de me dire, alors je lui ai demandé qu'on rentre chez nous et que j'y réfléchirai ce soir pour qu'il m'apprenne ce que je veux le lendemain. Il me ramena alors puis la nuit passa, le lendemain matin même chose c'est ma mère qui m'amena à l'école. Les cours ont suivi et enfin le moment tant attendu était arrivé, nous étions au bord du lac, assis tout les deux, sans un mot depuis le début de la journée, je me suis retournée vers lui, il me regardait attendant que je lui dévoile ce que je voulais de lui : « Apprends moi à ne pas souffrir sans toi. » Sur mes mots il se mit à pleurer, première fois que je le voyait comme ça, je ne comprenais donc pas pourquoi il se mettait à pleurer. Il pris ma tête dans ses mains essayant tant bien que mal de ne pas continuer de pleurer et me promis de le faire pendant la journée qu'il nous restait. Une journée, cela semblait si peu, mais on du se résoudre et il le fit, pendant toute une journée il ne fit qu'essayer de m'endurcir, mais il était là, alors tout semblait simple. Le lendemain matin dès sept heure j'ai couru jusqu'à chez lui, les camions de déménagement étaient déjà là, et son père était à le porte, il me vit arrivé et voulu me faire repartir instantanément. Mais Lucas est arrivé, le grand frère de vingt ans, il demanda à son père de me laisser rentrer vu que de toute manière son petit frère était déjà anéanti par le fait de devoir me quitter. J'ai donc pu entrer et l'ai vu, là, sur son lit, Lucas a frappé à sa porte pour qu'il sache que quelqu'un était là, il se retourna puis accouru à moi en me voyant, il me pris dans ses bras, me souleva du sol, me porta jusqu'à son lit, puis m'a assis sur celui-ci. On restait là, l'un à côté de l'autre, ma main dans la sienne. Puis l'heure du départ a sonné, il se leva, on descendit tout deux retrouver ses parents et son frère. Il me laissa aux bras de ce dernier, puis monta dans la voiture. Sa mère était déjà à l'intérieur, les camions étaient déjà partis, son père ferma la porte de son fils, monta dans la voiture, ferma sa porte, enclencha la clef puis démarra la voiture. Elle commença à avancer et moi à crier : « Non ! Ne part pas ! Ne me laisse pas ! Tu ne m'as pas encore tout appris ! Je ne sais pas encore comment faire ! Reste ! » Mais la voiture était déjà loin à mon dernier mot. Son frère avait du me retenir pendant ce temps, mais à la fin je lui ai mordu le bras, d'ailleurs il s'en souvient encore... Peu importe, les premiers jours furent vraiment durs, puis j'ai commencé à faire comme il me l'avait appris, j'ai tout caché, dissimulé, mais jamais je ne suis retourné au lac, me persuadant que tout avait brûlé le jour où il était parti. Quelques années plus tard me voilà je n'ai plus douze ans comme vous vous doutez certainement, mais j'ai vingt ans, ce qui veut dire qu'aujourd'hui même il a vingt quatre ans. Je dis aujourd'hui même car nous sommes nés le même jour et c'est ce jour que j'ai décidé d'écrire cette histoire. Pourquoi ai-je écrit cela ? Tout simplement pour vous dire que je n'ai jamais pu me résoudre à l'oublier, j'ai toujours souffert de son départ, aujourd'hui ça va bien mieux, et vous voulez que je vous dise pourquoi ? Parce que j'ai trouvé l'homme de ma vie, il est grand, fort, beau, il s'appelle Jeremy et il a quatre ans de plus que mois, tout comme le garçon dont je vous parlai dans mon histoire. Est-ce une coïncidence ? Non, ce n'en est pas une, ce Jeremy est le garçon de l'histoire. Oui, nous étions comme frère et s½ur, mais le destin en a décidé autrement. Vous pensez vraiment qu'un frère prendrait sa s½ur par la main à chaque instant alors qu'ils ont quatre années d'écart ? Je ne pense pas qu'un frère de seize ans serait aussi anéanti par le fait de quitter sa petite s½ur de douze ans sachant qu'il la reverrait un jour ou l'autre. En bref, quand nous nous sommes revus il y a deux ans nous nous sommes jetés dans les bras l'un de l'autre, nous nous sommes regardés, puis nous nous sommes embrassés.